Notre-Dame-des-Landes


« Ce n’est pas plus compliqué qu’au Mali ! » s’impatiente Jacques Auxiette, le président de la région Pays de la Loire, devant les difficultés des forces de l’ordre à expulser les manifestants contre le projet d’aéroport près de Nantes. L’expression en dit long sur l’incompréhension qui s’est aggravée entre les politiques aménageurs et les manifestants de la « zone-à-défendre ». Ce récit montre ce que signifie concrètement un grand projet public aujourd’hui et le diagnostic est sans concession : la concertation apparaît comme une démarche formelle dans laquelle les faits importants sont noyés dans une multitude de détails techniques, le partenariat public-privé permet d’accélérer des carrières de haut fonctionnaire, la délibération participative reste une pure intention, l’expertise est instrumentalisée par le commanditaire… Le reportage du côté des manifestants est aussi éclairant puisqu’il permet de mieux comprendre ces nouvelles formes de mobilisation non institutionnelles. Il est difficile de cerner une identité de la coalition des opposants à l’aéro­port. Les militants eux-mêmes, plutôt activistes que théoriciens, s’y refusent, craignant une première mise au pas à travers le discours. Garder le projet sous-déterminé est donc une première stratégie de défense, en même temps qu’une condition pour coaliser, autour des agriculteurs qui refusent l’expropriation, des groupes militants très hétérogènes.

M.-O. P.

Le Seuil, 2014
160 p. 10 €