Traité des excitants modernes

Textes de Pierre Alechinsky et de Michel Butor


Nous sommes dans l’ère des addictions : à l’internet, au téléphone portable, aux écrans de toutes sortes et de toutes qualités, à des drogues plus ou moins douces, « accros », comme on dit, à tout ce qui peut nous distraire d’une réalité trop dure. Et c’est ce bon Honoré de Balzac qui vient nous mettre en garde contre les excès des « excitants », qui pour lui étaient au nombre de cinq : l’alcool, le sucre, le café, le thé, le tabac (en réalité il ne parle pas du sucre, et presque pas du thé). Il peint le sort atroce de ceux (dont il fait partie) qui abusent du café et finissent brûlés de l’intérieur, paie de sa personne pour faire l’expérience de l’ivresse, attribue à chaque peuple l’excès qui lui est, selon lui, propre. Mais Balzac, donnant des leçons de tempérance, décrit trop bien les joies de l’ébriété, les visions brumeuses du narguilé et l’agitation créatrice provoquée par le café pour être tout à fait efficace. Michel Butor, par ses petits textes pastichés, qui reprennent des passages du Traité et des personnages de la Comédie humaine, montre bien, d’ailleurs, que Balzac, quoi qu’il fasse, est davantage du côté de la littérature que de la pédagogie.

A. B.

Actes Sud, Babel, 2013
91 p. 6,70 €