Le long du Gange


Lorsque l’on voit le Gange, on comprend bien vite la différence entre pureté et propreté. Le Gange, dans la religion hindouiste, est une déesse, Ganga, et non un simple fleuve. Il est l’objet de toutes les vénérations, le lieu d’innombrables rites et célébrations. Pourtant, c’est l’un des fleuves les plus pollués de la planète. À la pollution industrielle s’ajoute une pollution que l’on pourrait qualifier de spirituelle, puisque le fleuve charrie les cadavres de ceux qui n’ont pu être brûlés, et les restes de ceux qui se sont fait incinérer sur les bûchers de Varanasi. Le livre d’Ilija Trojanow rend admirablement compte de cette double dimension ; l’auteur nous raconte son périple le long du fleuve, mêlant habilement la légende et l’anecdote, sans jamais céder à un vain exotisme ni se complaire dans la critique facile. Il montre bien le mélange de roublardise et de vénération qui entoure souvent le fleuve et ceux qui en vivent (comme le lui fait remarquer un pujari, il faut bien que les prêtres mangent, eux aussi) : Ganga est puissante, et c’est paradoxalement cela qui dédouane les hommes de toute responsabilité à son égard. « La saleté ne colle qu’aux mortels, les dieux sont résistants à la pollution. »

A. B.

Buchet-Chastel, 2011
180 p. 15 €