L’ÉTÉ DE LA VIE


Pour ce troisième volet de son autobiographie (après Scènes de la vie d’un jeune garçon et Vers l’âge d’homme), l’écrivain sud-africain imagine un curieux dispositif : une enquête menée, après sa mort, auprès de quelques proches, par un universitaire cherchant à écrire sa biographie. Pourquoi parler de lui à la troisième personne ? Pour se décrire à travers des voix féminines (une cousine, une maîtresse, une collègue universitaire, une femme indifférente courtisée avec maladresse) attentives aussi bien à son apparence physique qu’à la précarité de sa situation professionnelle et familiale (il vit dans des conditions très modestes auprès de son père). Alors qu’il n’a pas encore publié de roman à cette époque, tout son travail d’écriture reste en arrière-plan et apparaît pour le moins improbable et fumeux à son entourage. Ces regards féminins donnent un peu de chaleur à la présentation de cette période, analysée d’un style froid et distant mais, par une alchimie particulière de l’écriture Coetzee, fine et sensible, surtout quand il montre son attachement à sa langue (l’afrikaner) et aux paysages dépouillés et austères de la région de son enfance, le Karoo. Mais, surtout, ce regard analytique donne le ressort de son humour impassible : Coetzee se montre dans des circonstances tellement grotesques qu’on ne sait plus si le ridicule confine au sordide ou au rire « hénaurme » à la Flaubert. Loin de dresser la statue du grand écrivain nobelisé, cette autobiographie grinçante passe par la parole des autres pour déjouer la complaisance qui pourrait subsister dans l’autodérision.

M.-O. P. 

Le Seuil, 2010
320 p. 22 €