LA DÉRÉALISATION DU MONDE.

Réalité et fiction en conflit


Voulant contribuer à démêler les concepts qui favorisent les polémiques relatives à l’extrême confusion du réel et de la fiction tant sur le plan d’une information exacerbée par le flux des images (le 11 Septembre n’est qu’une fiction selon des rumeurs !) que sur celui de l’art (la création esthétique ne produit que des simulacres, tout est donc possible), l’auteur suggère de distinguer deux notions : le fictionnel et le fictionnalisme. Dans le sillage de Temps et Récit de Paul Ricœur, Jacinto Lageira voit dans le fictionnel une « reconfiguration de la réalité » qui ne peut se perdre dans une irréalité absolue. Quant au fictionnalisme : « Il tend à l’impossibilité absolue d’une telle reconstruction de la réalité, même mentale. » Sur le plan artistique, cette impossibilité de reconstruire le réel a deux conséquences : la déréalisation de la réalité et la déréalisation de la fiction. Sur le versant pratico-moral et politique (celui qui s’appuie sur l’information et la communication), le fictionnalisme « consiste non pas tant à nier qu’il y a du réel, de la réalité, du tangible mais que tout ce qui est perçu comme tel n’est rien d’autre que du fictionnalisable à l’infini puisqu’il n’a d’autres attaches ou liens avec le reste des choses ou événements perçus qu’à travers ce même réseau du fictionnalisable ». Écrit par un critique d’art, l’ouvrage passe en revue des œuvres d’art contemporaines qui s’efforcent de ne pas oublier le corps et pour lesquelles la réalité résiste toujours. En ce sens, il ouvre un nouveau chapitre des débats sur l’art contemporain. Mais il approfondit également la notion de réalité (référence est faite à « la thèse d’existence » de Jean-Marie Schaeffer qui est la « trace d’un événement réel ou d’une entité réellement existante »). Ce qui ouvre des pistes pour sortir d’une rhétorique, très situationniste au demeurant, selon laquelle il n’y a que du spectacle et des simulacres. Depuis septembre 2008, il semble en effet que les « retours de réel » soient quelque peu violents et se paient très cher… il serait temps de s’en rendre compte et de sortir d’une confusion mentale et esthétique.

 

O. M.

Éditions Jacqueline Chambon, coll. « Rayon Art », 2010
288 p. 25 €