François d’Assise, ÉCRITS, VIES, TÉMOIGNAGES.
Édition du VIIIe centenaire
Pour le VIIIe centenaire de la fondation de l’Ordre franciscain, c’est un monument qui est offert aux « fils et filles de saint François » (Franciscains, Capucins, branches féminines, tertiaires…) et en fin de compte à beaucoup d’autres, pour lesquels François d’Assise est le « frère universel » : une édition critique et une nouvelle traduction de ses œuvres et plus largement des « sources franciscaines », en deux considérables volumes (rendus maniables par une reliure souple, très élégante par ailleurs). Travail irréprochable de l’équipe d’historiens spécialisés réunie autour de Jacques Dalarun, préface nette d’André Vauchez, qui rappelle qui fut François, la rupture qu’il a signifiée dans la trajectoire de l’Occident chrétien et ce qui en reste actuel, par exemple dans les rêves, écologiques et autres, de sociétés humaines et de vies échappant au pouvoir de l’argent et de la richesse. Vauchez le rappelle cependant : François et ses utopies furent refrénés, « cléricalisés » de son vivant déjà et remis dans des rails juridiques peu après sa mort. Il n’empêche : le mythe de la pauvreté heureuse, libérée, a traversé les siècles. Aujourd’hui, les textes très nombreux (une trentaine) et les « témoignages » de cette édition « historico-critique », nouvellement présentés et traduits, gardent une saveur propre, une force « poétique » au sens de créatrice, qui emporte toujours le lecteur par sa fraîcheur et une (fausse) naïveté constante, une ironie efficace finalement dans la contestation de Mammon, le dieu-argent qui, avec le sexe, fait courir le monde depuis toujours et plus que jamais. Ce n’est pas que l’historicité de François, de sa vie et de son message, importe peu : au contraire, le lecteur trouvera dans ces deux volumes de quoi satisfaire sa curiosité sur le « vrai François ». Mais le « vrai François d’Assise » n’aura toujours qu’un intérêt limité par rapport à la légende de saint François et ce qu’elle a engendré dans l’imaginaire occidental et mondial.
J.-L. S.