Zanzibar

Histoires pour après-demain


Si le livre est dédié à un écrivain-voyageur, Nicolas Bouvier, l’auteur ne parle pas ici de ses voyages mais de villes singulières qu’il ne cesse d’arpenter pour des raisons professionnelles. Dans cette optique, il ne tombe pas dans le piège de vouloir les comparer et les classer : non pas parce que les données démographiques sont diverses, mais parce qu’il voit les villes comme des espaces-temps en mutation permanente. Comme chez Italo Calvino, il y a la ville visible et la ville invisible, la ville en brut et la ville imaginaire, la ville présente et la ville de demain. Les villes sont déclinées au présent et au futur : c’est l’originalité de ce livre que de faire parler cinquante-cinq villes entre elles, de les entrelacer à l’heure de « l’urbain généralisé » et d’imaginer ce qu’elles peuvent devenir, en bien ou en mal. Il y a des villes dormantes susceptibles de se réveiller, des villes invivables qui peuvent se pacifier, mais aussi des villes insulaires ou des villes qui s’étendent comme des lagunes. Amoureux des villes-ports, des villes-isthmes, l’arpenteur a des préférences, que ce soit Beaugency, Montevideo ou Zanzibar, des villes qui semblent faire écho à toutes les villes. Cette traversée ne traque pas la ville exemplaire mais projette le temps des villes en donnant tout son sens à l’idée de « développement durable » (une belle tautologie). L’arpenteur est un explorateur qui sait qu’une ville est biface et donc incertaine : Zanzibar hésite entre Jérusalem, la ville de l’espérance, et Babylone, la ville idolâtrique par excellence, celle qui croit qu’elle peut s’élever en hauteur à l’infini plus haut que le ciel.

O. M.

L'Harmattan, 2011
234 p. 21,50 €