KOLAKOWSKI.
Le clivage de l’humanité
Indéniablement, Leszek Kolakowski (1927-2009) fut l’un des grands intellectuels européens de la seconde moitié du xxe siècle. Auteur d’un ouvrage sur les mystiques du xviie siècle (Chrétiens sans Église… est un classique immédiatement vanté par Michel de Certeau qui était l’historien de l’Affaire de Loudun), d’une gigantesque Histoire du marxisme, d’ouvrages sur les intellectuels, le mal, le diable, Pascal (voir Dieu ne nous doit rien. Brève remarque sur la religion de Pascal et l’esprit du jansénisme), Kolakowski ne croyait pas que le diable disparaîtrait de lui-même après la fin des totalitarismes issus du bloc soviétique. Loin de là, il s’inquiétait donc de valoriser les grandes tendances « anti-diaboliques » sous-tendant une pensée européenne confrontée au tragique et aux abus des pouvoirs religieux et politique (« Le despotisme est une simulation désespérée du paradis »), ce qui l’a conduit à souligner le rôle des intellectuels. Cette œuvre apparemment protéiforme car d’une incroyable diversité reste très rigoureuse et unifiée sur le plan de la pensée, c’est pourquoi elle méritait qu’on la scrute. Ce que fait Jacques Dewitte qui réussit là un fort beau livre, et non pas seulement un hommage, où il retrouve ses propres thèmes en tant qu’auteur. « Existe-t-il aujourd’hui une personnalité osant, avec le mélange d’impertinence et de pertinence du philosophe polonais, soutenir que l’on puisse être, sans contradiction, “conservateur libéral-socialiste” ? » C’est en tout cas ce qui ressort de cet ouvrage accueilli dans la collection que dirige Antoine Garapon.
O. M.