La Possibilité d’une ville

Les cinq sens et l'architecture


Les architectes reconnus sont-ils bien placés pour comprendre les enjeux de la ville contemporaine ? Jacques ­Ferrier est de ceux-là. Auteur de nombreux bâtiments publics, il a en particulier conçu le pavillon français pour l’exposition universelle de Shanghai en 2010. C’est à la première personne du singulier qu’il entend nous initier aux charmes et désillusions de sa profession. La première moitié de l’ouvrage présente l’homme, son parcours et ses convictions. On y apprend que pour ses premières œuvres, il a « essayé de se rapprocher au plus près de la non-architecture… ». En opposition avec ce qu’il appelle « l’hyperprésence de l’architecture contemporaine », il a tenté de retrouver dans ses projets une écriture simple en apparence, qu’il dit inspirée de la fraîcheur des granges et hangars construits sans architecte. Dans ses réalisations plus récentes, il semble avoir privilégié des approches plus conventionnelles, travaillant sur l’émotion et le sensible. Pratiquée à ce niveau, l’architecture est un engagement à temps plein auquel les concours imposent un rythme de compétition permanent. Elle s’apparente alors à une discipline sportive où seule la victoire est belle. Au-delà, l’ouvrage ne livre aucune analyse ni aucune méthode pour mieux faire la ville. Jacques ­Ferrier propose, certes, de porter une attention particulière aux usages des lieux publics aux différentes heures de la journée. De même, il invite à travailler sur la perception des cinq sens. En dehors de ces conseils, aucune analyse urbaine, mais un aveu qui semble une variante de la théorie du complot : « Durant ces vingt dernières années, la connivence des architectes avec les décideurs politiques et financiers pour maintenir le statu quo et éviter de remettre en question la façon de faire la ville a empêché tout débat de fond. » De l’impossibilité d’une ville ? On conclut plutôt à le lire que l’architecte intégré dans la chaîne de production des marchés publics et privés cesse de s’affronter aux problèmes qui dépassent le cadre de la commande. Il n’en a ni la liberté ni la disponibilité d’esprit. « Le temps de repos entre deux productions me paraît être un privilège merveilleux qu’un architecte ne connaît jamais… les projets s’agrègent comme la manifestation d’une œuvre qui les soude et les porte plus loin. Les livres sur le travail de l’agence font partie de cette continuité. »

N. N.

Arléa, 2013
130 p. 16 €