Penser la crise avec Emmanuel Mounier
Instabilité financière, montée des inégalités et aggravation des périls écologiques marquent le monde de ce début de xxie siècle. Dans la livraison d’Esprit datée d’octobre 1936, Emmanuel Mounier écrivait que « l’économie capitaliste est une économie entièrement subvertie, où la Personne est soumise à une consommation elle-même soumise à la production qui est à son tour au service du profit spéculatif. Une économie personnaliste règle au contraire le profit sur le service rendu dans la production, la production sur la consommation, et la consommation sur une éthique des besoins humains replacée dans la perspective totale de la personne ». Peut-on imaginer diagnostic plus lucide sur notre actualité et perspective plus appropriée pour les temps qui s’ouvrent ? On se félicitera donc de la publication, sous la direction du juriste et philosophe Jacques Le Goff, de ce volume collectif consacré à l’actualité de la pensée du fondateur d’Esprit. Au fil d’une vingtaine de textes signés par des auteurs aussi différents que Marc-Olivier Padis, Jean-Louis Laville, Denis Clerc, Alain Touraine, le lecteur découvre, non seulement la pertinence théorique de l’approche personnaliste pour penser la crise actuelle qui, comme celle des années 1930, est autant économique que métaphysique, mais encore le rayonnement international dont jouit de nos jours la pensée d’Emmanuel Mounier. Le livre se clôt sur de larges extraits de deux textes fondateurs de Mounier introduits par Guy Coq : le « Manifeste du personnalisme » paru dans Esprit en 1936 et le Personnalisme paru aux Puf en 1949.
J.-P. M.