Un Parcours critique
Douze exercices d'histoire sociale
Ce recueil rassemble des études parues dans des revues ou des livres collectifs tant en France qu’à l’étranger. La cohérence de l’ensemble n’est pas donnée seulement par le thème de l’histoire sociale, avancée dans le sous-titre, mais aussi par le souci de l’historien de porter un œil critique sur le travail historiographique. C’est ainsi que la première étude porte sur « les paradigmes des Annales », et que « les usages et les abus » des outils historiographiques sont évoqués tant au sujet de la « culture populaire » que de la civilité, de la construction du social ou de la description des « régions, provinces et lieux » qui font la diversité de la France. Exemplairement, le dernier texte, sur « le fardeau de la mémoire », inédit en français, aborde un thème cher aux historiens mais en se différenciant du lamento de la corporation sur les abus de la mémoire dans la sphère publique, comme si la sphère savante elle-même était sereine et au clair sur les résurgences du passé dans la culture contemporaine… Au contraire, montre l’auteur, ce sont bien les avancées de la méthode historique, en particulier l’élargissement incessant de son périmètre d’investigation, qui ont donné à l’histoire sociale, à la culture populaire, à la mémoire en général − plus précisément aux mémoires minoritaires et refoulées − une dignité nouvelle, dont les effets politiques, au-delà du cabinet du savant, ne devraient pas surprendre autant qu’on le prétend. Finalement, si le « récit de la nation » est devenu incertain, ce n’est pas seulement par une confusion venue de la société (revendications identitaires, guerre des mémoires, etc.) mais aussi par les incertitudes du monde savant, issues de turbulences du programme historique que l’élargissement nécessaire et bienvenu de la discipline a fini par provoquer.
M.-O. P.
M.-O. P.