LA TENTATION RELATIVISTE OU LA DÉMOCRATIE EN DANGER
Ce livre est un plaidoyer énergique et parfois polémique pour une démocratie fondée dans une éthique universelle et guidée selon des valeurs. Son intérêt consiste à ne pas le faire platement en exposant des positions, mais à insérer tout au long du livre l’exposé des thèses dans un débat vif, agréable à lire, sur des positions qu’il critique et combat, ou au contraire admire et promeut. Plus que le relativisme souvent dénoncé et qui n’est qu’une conséquence finalement, Rollet pourfend le positivisme – cette tendance, omniprésente depuis deux siècles, à confondre le fait (interprété et réinterprété) et le droit, en expulsant les valeurs qui donnent son assise et sa dignité à la démocratie (et qui peuvent consister, déjà, en la simple réflexion philosophique…). Cette approche positiviste et ses critiques sont traitées dans la première partie sous forme de lectures de Weber, Bourdieu, Habermas, Rawls, et surtout Leo Strauss, qui a manifestement, malgré des limites, la faveur de l’auteur. Approche théorique, mais aussi pédagogique et parsemée d’exemples. La seconde partie du livre est un petit traité actualisé de la démocratie, qui fait la part de l’histoire (française mais aussi américaine), des droits de l’homme, des problèmes récents posés par les nouvelles sciences (la biologie et les théories relativistes qu’elle suscite chez des penseurs du droit), l’apport passé et présent du christianisme à la démocratie. Sur tous ces thèmes, l’auteur argumente avec des rappels d’histoire, il dégage des pistes, avance des thèses, rejette des idées – certaines farfelues, d’autres dangereuses. Comme il le dit lui-même in fine, il « ouvre un formidable chantier de travail pour la philosophie et les sciences humaines ». Le grand nombre de sujets abordés explique peut-être l’exposition trop accélérée de questions importantes (la laïcité par exemple) ; et des allusions polémiques à notre actualité immédiate (l’islam) sont inutiles ou trop rapides.
J.-L. S.
J.-L. S.