L’ÉTAT PRÉDATEUR.

Comment la droite a renoncé au marché libre et pourquoi la gauche devrait en faire autant


Cet ouvrage ne porte pas directement sur la crise de 2007-2008, mais il permet d’en saisir la teneur politique. Alors que l’on se satisfait de l’idée que la droite n’aurait pas rompu avec les principes de l’Éco­le de Chicago, l’auteur rappelle qu’aux États-Unis la droite (les néoconservateurs) ne croit plus depuis longtemps aux vertus du tout marché et au moins d’État possible des libéraux. Mais il n’en conclut pas pour autant que l’État revient en force pour réguler le marché et la concurrence, il montre, exemples à l’appui, que l’État américain est vu par la droite comme un État « prédateur » et « activiste » qui s’appuie sur l’action publique pour valoriser les firmes privées par le biais des lobbies. L’État n’est pas mort puisqu’il sert au contraire à renforcer le pouvoir économique. Mais le paradoxe est que, de son côté, la gauche américaine se défend de l’État pour libérer l’économie au moment où la droite le revalorise à des fins privées. Drôles de chassé-croisé et de cacophonie qui obligent la droite et la gauche à réviser leurs logiciels alors même que l’opinion publique ne peut qu’y perdre ses repères. Certes, la France n’est pas les États-Unis, mais il semblerait que la situation n’est pas sans analogies, ce qui expli­que pourquoi les analyses qui accusent Sarkozy d’être un libéral américain pur et dur sont à côté de la plaque. Lui aussi sait que l’État n’est pas inutile pour assurer la sécurité et coordonner le chaos mais aussi pour contrôler la marche de l’économie.

O. M.

Le Seuil, 2009
320 p. 23 €