LE DERNIER HOMME
Ce texte publié quelque temps avant le suicide de son auteur en 1805, un prêtre constitutionnel, raconte les aventures d’Omégare, « le dernier homme » qui, parti d’Europe pour rejoindre le Nouveau Monde, traverse un champ de ruines. Treize ans après avoir écrit l’Oraison funèbre en l’honneur des citoyens tombés le 10 août 1792, un texte célébrant au contraire avec enthousiasme l’esprit révolutionnaire, le bonheur et le règne du Peuple, Cousin de Grainville ferme ainsi la parenthèse de l’expérience révolutionnaire. Après l’aube d’un nouveau monde en gestation, il en raconte l’échec et l’impossibilité. Avec la thématique du « dernier homme », la Révolution est vue comme une parenthèse historique, comme un événement condamné à se refermer sur lui-même et à se replier. Il n’y a pas d’avant ni d’après, le temps révolutionnaire est condamné au suicide ou à la disparition. Ce texte, apprécié de Charles Nodier et de Raymond Queneau, est édité ici avec la préface magistrale composée à l’époque par Jules Michelet. Parallèlement, Anne Kupiec consacre une postface originale à la thématique littéraire du dernier homme (qu’on trouve chez Mary Shelley ou chez Nietzsche). Son interprétation permet de dépasser l’idée d’échec et d’abîme révolutionnaire au bénéfice d’une dimension ouverte et utopique : « Grainville apporte la nouveauté absolue – l’aube naissante – sans la déterminer, la laissant ouverte à toute action. »
O. M.