Michael Cimino

Les voix perdues de l'Amérique


Auteur de deux ouvrages incontournables (26 secondes, l’Amérique éclaboussée. L’assassinat de JFK et le cinéma américain en 2003 et le Cinéma américain des années 1970 en 2006 – voir notre entretien avec lui en juillet 2007) sur le tournant du cinéma américain, quand les grands de Hollywood (Walsh, Hawks et Ford) sont remplacés par ­Coppola, Peckinpah, Pollack, Scorsese…, J.-B. Thoret ne s’intéresse pas par hasard à Michael Cimino, dont le Voyage au bout de l’enfer (1978, sur la guerre du Vietnam) et l’Année du dragon (1985, sur la communauté chinoise aux États-Unis) sont dans toutes les mémoires. Cimino a également réalisé la Porte du paradis en 1980, un film accusé de tous les maux et surtout d’avoir ruiné un studio et donc fragilisé Hollywood (ce fut déjà le cas avec la Cléopâtre de Mankiewicz en 1963). De fait Cimino, progressivement marginalisé, voire éliminé, n’a plus rien réalisé depuis The Sunchaser en 1996. Thoret montre d’abord comment « la mise à mort » de Cimino a surtout été l’occasion de rompre avec le cinéma « anti-américain » des « auteurs » des années 1970 et de consacrer les Spielberg, Cameron et les futurs réalisateurs « à tout faire » de blockbusters. Ensuite, il revient sur la Porte du paradis et sur les conditions du tournage afin de montrer comment l’attaque en règle contre Cimino fut organisée. Enfin, il souligne que le metteur en scène, formé à l’architecture, est « un artiste américain dans l’âme », c’est-à-dire un créateur de grands paysages et un scénariste qui met en avant la question de la communauté qui, si elle n’est plus celle de John Ford qu’il admire, n’a pas disparu et ne peut pas disparaître (d’où le rôle des fêtes dans ses films). Mais ce n’est pas un nostalgique : « Comme Robert de Niro dans Voyage au bout de l’enfer, Michael Cimino sait bien que l’innocence est perdue, mais quand même. La survie nécessite un minimum de croyance. » Critique et écrivain iconoclaste, Thoret a proposé à Cimino de parcourir avec lui des paysages américains de Los Angeles au Colorado, d’où ce livre en forme de road movie où l’on ne parle que de cinéma et de plans larges. Ce n’est pourtant pas un film de Cimino, qui attend qu’un producteur européen lui offre enfin de tourner la Condition humaine d’André Malraux.

 

O. M.

Flammarion, 2013
304 p. 21,90 €