CHICAGO 1910-1930
Le chantier de la ville moderne
Auteur de nombreux ouvrages sur les formes urbaines, d'un livre sur Versailles et d'une monographie sur Frank Lloyd Wright, Jean Castex se penche ici sur la création architecturale et urbaine de Chicago au début du xxe siècle. Il fallait alors inventer une ville susceptible de se démarquer de New York (ville déjà mythique) et de Manchester (le symbole de la grande ville industrielle). Or Chicago se caractérise par l'étroitesse de son territoire qui suit, via des canaux, la jonction mettant en relation les grands lacs et le Middle-West via le Mississippi, sa densité (le fameux loop), son métro aérien, ses gratte-ciel exceptionnels pour l'époque et ses malls commerçants où s'invente la vente par correspondance à l'échelle d'un continent. Bref, c'est une ville serrée et verticale qui contraste avec la ville étendue américaine qui devait se généraliser et dont Los Angeles est l'aboutissement. Une ville tout en hauteur donc mais qui regarde vers le sud et non pas naturellement vers le lac au nord, son paysage naturel car les lacs attirent les plus belles villes de gratte-ciel (Hong Kong, Seattle, Vancouver…). En effet, Chicago est tournée vers le Middle-West, vers les plaines céréalières de l'intérieur et les grandes prairies. Mais au-delà de l'analyse architecturale, le livre rappelle l'aspect pédagogique d'une opération urbaine à propos de laquelle les maîtres d'œuvre voulaient communiquer. D'emblée, il leur fallait créer un mythe et attirer la population comme les entreprises (ainsi du rôle de William Moody qui, faisant le lien entre les investisseurs, les hommes d'affaires, les urbanistes, les maîtres d'œuvre, les politiques et la population, se préoccupait de pédagogie au point de produire un manuel destiné aux élèves du secondaire où le projet de Chicago est comparé à celui de Haussmann à Paris… les concepteurs du Grand Paris pourraient en prendre de la graine !). Une seule déception cependant : l'absence d'une prise en compte de la dimension imaginaire, pourtant particulièrement forte, de cette ville industrielle qui est le cœur urbain de nombreux romans (de John Dreiser à Saul Bellow). Ce que Pierre-Yves Pétillon a montré dans un texte devenu un classique sur Chicago (voir « Ô Chicago : images de la ville en chantier », dans Citoyenneté et urbanité, Paris, Éd. Esprit, 1991).
O. M.
O. M.