La Phrase urbaine
Après l’invitation au voyage particulièrement réussie à travers les paysages et fleuves de l’Hexagone que Jean-Christophe Bailly nous a récemment offerte, la réédition de la Ville à l’œuvre est une heureuse initiative. Le titre a changé et de nombreux textes inédits composent cette « phrase urbaine », un changement qui indique une inflexion. En effet, la ville européenne classique n’est peut-être plus le sujet : « La ville apparaît aujourd’hui, et à l’échelle du monde, comme un puzzle dont les pièces ne s’ajointent pas forcément et dont il serait vain d’attendre qu’elles puissent toutes ensemble configurer dans une image un tant soit peu stable. » Dans ces conditions, « quelles sont les phrases urbaines qui s’écrivent aujourd’hui ? Quelle est ou quelle devrait être leur syntaxe ? Sommes-nous capables de les lire ? ». Parmi les inédits, le texte consacré à l’enquête de James Agee sur Brooklyn (parue en 1968, treize ans après la mort d’Agee !), où l’écrivain cherche à capter dans cette ville américaine (« la plus proche de l’aimant ») « la cruelle radiation de ce qui est », retient fortement l’attention. L’ouvrage universitaire et pédagogique de Sheringham a pour sa part le mérite de proposer des chapitres substantiels qui portent sur des écrivains et des penseurs du quotidien : après les surréalistes, l’auteur retient H. Lefebvre, R. Barthes, M. de Certeau et G. Perec. Mais pour la suite, pour l’après-Perec, on est moins convaincu : Augé, Maspéro, Ernaux, Réda… pourquoi pas ? Mais une seule note pour J. Rolin et J.-Ch. Bailly absent, c’est un peu léger !
O. M.