LE JOUR DES CORNEILLES
Un père et son fils vivent reclus dans une cabane qui, en pleine forêt, ressemble à une grotte qui serait à la fois un lieu de travail et de spiritualité puisque le père Courge cherche à y communiquer, loin des humains et des villageois, avec les morts et à renouer ainsi un lien avec sa femme. S’exilant du monde, le père a pris son fils en otage et jamais il ne lui témoigne le moindre sentiment ni signe d’affection. Le père veut retrouver la trace d’une morte et le fils croire que son père l’aime. Ce qui donne lieu à une tragédie, celle de la mort d’un père qui aime trop les morts et leurs fantômes, provoquée par son fils qui voudrait être aimé du père vivant. « Car les morts sont avec les morts et les vifs avec les vifs : on ne saurait passer d’un monde à l’autre si commodément. » La force de ce texte étrange réside dans une écriture qui réinvente le langage, creuse les mots et les retourne comme dans un labour. Le livre présentant le récit par le fils des raisons de son meurtre, on pense au récit du paysan Pierre Rivière (sorti des décombres par Michel Foucault et le cinéaste René Allio) qui, lui aussi, avait décrit son meurtre pour s’expliquer devant la justice comme un écrivain. Avec ce texte québécois très oral dont la tonalité forestière est assumée, l’écriture s’impose comme la rançon d’un monde où l’on ne réconcilie pas les vivants et les morts. Parce que « vie et mort demeurent éternellement contraires, et qu’entre elles nul discours, nulle communication durable et nul feu profond ne sont possibles. Aucun couloir ne les réconcilie jamais ». Si ce n’est ce texte.
O. M.
O. M.