L'oeil qui jouit
« Revoir les films un par un, les confronter avec d’autres pour mieux saisir croisements, filiations, répétitions et différences, migrations d’images et de figures. Il ne s’agit pas, bien sûr, de nier la pertinence de la notion d’auteur, attaqué au nom de certaines modes universitaires poststructuralistes. Mais, bien au contraire, de partir de films pour éventuellement retrouver les auteurs, pour comprendre en quoi ce mot a pu avoir un sens dans l’histoire du cinéma. » Voilà une vraie charte de lecture, celle d’un critique qui écrit avec précision et qui est chargé de programmer les films à la Cinémathèque française. Loin de s’inscrire dans un sillage, celui des Cahiers du cinéma ou un autre, l’auteur écrit comme un critique programmateur qui suit des auteurs mais aime les prendre à revers. Les pages de ce livre défilent alors comme un film fort bien mis en scène et scénarisé où interviennent des auteurs et des acteurs. Alors que les écrits sur le cinéma sont trop souvent mis à la sauce des études universitaires (n’est pas Stanley Cavell qui veut !), des critiques rappellent que le cinéma est l’affaire de ceux qui veulent d’abord se raconter des histoires, les leurs, celles des autres et celles des mondes qui émergent. Jean-François Rauger regroupe ses auteurs autour des rubriques suivantes : « Cinéma français » (deux textes remarquables car à contre-courant des clichés sur Renoir et Chabrol), « Grands et petits maîtres du cinéma américain », « Asie », « Cinéma bis » (Bava, Fredda, la comédie italienne, le fantastique mexicain), « Acteurs » (Alain Delon réfractaire au « double » et Jim Carrey) et « Politique ». Le cinéma d’auteur appelle des plumes, des auteurs pour écrire sur des auteurs, on le sait, mais c’est devenu une denrée rare.
O. M.