Rajeunissement et vieillissement de la France
Une politique économique pour la jeunesse
Voilà un ouvrage qui permet de comprendre pourquoi le débat qui aura lieu au cours de l’automne sur les retraites ne devrait pas se limiter, comme cela semble s’annoncer, à des échanges techniques sur le bouclage financier du système. En effet, le vieillissement en cours de la population française (allongement de la durée de vie, poids proportionnel grandissant des retraités dans la population, mais aussi « rajeunissement » puisque les années de retraite sont vécues en meilleure santé et que l’invalidité intervient plus tard) change l’ensemble des relations entre les générations et pose la question de l’équité intergénérationnelle. La France, en Europe, se distingue particulièrement dans le sous-investissement en faveur de sa jeunesse, qui est fatalement un sous-investissement dans l’avenir (éducation, formation, innovation…). Or il n’existe pas de modèle de croissance soutenable, socialement juste et économiquement efficace si on laisse la jeunesse de côté. Dès lors, la question des transferts intergénérationnels doit être mieux prise en compte dans les priorités de l’action publique. Mais pourquoi ce sujet, qui touche très concrètement aux comptes sociaux de la nation aussi bien qu’aux échanges au sein des familles, a-t-il tant de mal à s’imposer dans le débat ? Il touche en fait, montrent les auteurs, à trois questions difficiles : faire le point sur les inégalités entre générations (en tenant compte des transferts privés et publics mais aussi, ce qui est plus difficile, des « héritages » et des « créances » liées à chaque génération) ; comprendre pourquoi la priorité donnée aux retraités plutôt qu’aux jeunes s’est imposée depuis plus de trente ans (résultat d’une série d’arbitrages implicites puisque personne ne revendique un « conflit des générations ») ; enfin anticiper l’impact de ces écarts générationnels sur la croissance à venir. C’est pourquoi le livre propose quatre scénarios prospectifs tenant compte des effets économiques et sociaux liés au vieillissement : il s’agit de montrer pédagogiquement que des choix sont encore possibles mais que la trajectoire actuelle n’est pas soutenable. Les « emplois aidés » ciblés sur les jeunes non diplômés ne sont pas à la hauteur des enjeux, c’est un rééquilibrage d’ensemble vers l’investissement dans la jeunesse qu’il faut opérer, pour donner de nouvelles armes à des jeunes qui n’auront pas les mêmes opportunités que la génération des Trente Glorieuses.
M.-O. P.