FREUD ET LA MÉTAPHORE FERROVIAIRE



L’ouvrage s’adresse d’abord aux freudiens, lecteurs de Freud ou praticiens de la psychanalyse. En s’appuyant avec rigueur sur des textes, l’auteur rappelle que la thématique ferroviaire est fréquente chez l’auteur de l’Interprétation des rêves. D’une part, le train renvoie au voyage, au déplacement (physique et psychique) ; d’autre part, le psychanalyste est assis dans un siège comme s’il « cadrait » par la fenêtre d’un train un inconscient défilant au fil des images mentales. Freud, est-il rappelé, pose les fondations de la psychanalyse à l’occasion d’un voyage en train qui le conduit en Italie. Mais, sans jamais oublier ce fil conducteur (l’analogie entre le cabinet du psychanalyste et le compartiment de train), Jean-Jacques Barreau s’engage dans deux autres directions. Il interroge d’abord le cadre mental (la fenêtre du compartiment) en rapport avec la réflexion d’Alberti et des auteurs du quattrocento pour lesquels le cadre (la fenêtre, le tableau) est une manière de regarder l’intérieur (le psychique) à l’extérieur. Comme si la perspective était une manière de brouiller les lignes, les horizons et les limites : « La fenêtre d’Alberti ouvrait sur l’Histoire, la fenêtre du compartiment ouvre sur un paysage, donc sur une métaphore, c’est-à-dire sur une figure qui, selon Freud, permet que l’on ne se sente plus chez soi. L’ouverture sur l’inconscient se fait, à travers une fenêtre, depuis l’intimité, partagée, d’un compartiment où Freud se sentait si peu chez lui et si près de la vérité de son désir. » Ensuite, en excellent connaisseur de la littérature du xixe siècle (Nerval, Maupassant, Zola et sa Bête humaine dont Jean Renoir fit un film mémorable) et du début du xxe siècle (Cendrars, Apollinaire, Desnos, « Il rêvait les yeux clos au coin de la portière / Tandis qu’au long des rails se couchaient les forêts »), l’auteur s’aventure dans le dédale des exemples littéraires où le train est le moteur de l’écriture et de l’action. Si « au xixe siècle le train était le lieu de l’amour et du crime », la Modification de Michel Butor témoigne de la permanence du thème ferroviaire indissociable chez lui, comme chez Freud, du voyage à Rome. Où l’on voit que l’écran pictural (Alberti), l’écran mental (Freud) et l’écran littéraire permettent de saisir les ressorts d’un imaginaire qui accompagne la révolution industrielle dont le déplacement ferroviaire est le symbole.


 


O. M.



 

Éditions In Press, 2007
224 p. 23 €