Staline, 1878-1953

Mensonges et mirages


Staline est à la mode. Et même en voie de réhabilitation. Cinquante ans après sa disparition, Vladimir Poutine en dit plutôt du bien, suivi par l’opinion publique russe si l’on en croit un sondage où 49 % des sondés jugent son bilan positif. Il n’est pas jusqu’à certains secteurs de l’Église orthodoxe qui n’emboîtent le pas. Il est vrai que Hitler lui-même a ses admirateurs chez les « hooligans ». Alors Staline… En Occident même, les avis sont plus partagés que naguère. Ces entreprises de réhabilitation ont le don d’irriter Jean-Jacques Marie, spécialiste reconnu de l’histoire soviétique, qui n’a jamais caché son engagement trotskiste. Auteur de plusieurs biographies du dictateur, il vient d’en publier une nouvelle qui tient compte des travaux les plus récents, comme ceux de l’essayiste britannique Simon Sebag Montefiore. Contre toutes ces tentatives négationnistes plus ou moins rampantes, il est salubre de rappeler le bilan humain accablant d’un homme et d’un régime qui compte parmi les plus meurtriers – et malgré cela les plus adulés – de l’histoire universelle. On ne lit pas sans stupéfaction et tristesse ces vers de Paul Éluard : « Et Staline dissipe aujourd’hui le malheur/la confiance est le fruit de son cerveau d’amour. » Et il y a eu bien pire… On regrettera néanmoins que, fidèle à sa ligne politique, l’auteur disculpe Lénine et le « vrai bolchevisme » de leur responsabilité, pourtant aveuglante dans la genèse des crimes staliniens. Le parallèle, classique dans cette perspective, entre le Géorgien et Bonaparte, n’en apparaît que plus discutable.

D. L.

Autrement , 2013
283 p. 21 €