L’HINDOUISME TRADITIONNEL ET L’INTERPRÉTATION D’ALAIN DANIÉLOU
Alain Daniélou, frère du cardinal Jean Daniélou, se fit connaître à partir des années 1960 comme spécialiste de l’hindouisme – d’un certain hindouisme, très polythéiste (donc avant tout païen), marqué par un érotisme mysticisant et le culte correspondant de Shiva comme dieu de l’extase. Il eut une gloire limitée et n’est certes pas considéré comme un grand hindouisant, mais il eut des disciples dans certains milieux français in de l’art et de la culture. Il affichait et revendiquait son homosexualité, dans un ressentiment marqué contre sa famille (un frère préféré par une mère elle-même de forte personnalité) et le christianisme (religion de l’anti-vie et de l’anti-Éros, selon une vision devenue très commune). De son vivant, les contestations de ses interprétations de l’hindouisme ne manquèrent pas, mais l’époque allait dans son sens et il ne manqua pas de soutiens, y compris matériels, pour soutenir et diffuser sa pensée. Dans cette biographie peut-être exagérément à charge, les auteurs montrent les excès et les limites d’une personnalité raffinée, séduisante, mais peu scrupuleuse, peu fidèle à ses amis, foncièrement narcissique, vivant dans le luxe grâce à des amis richissimes. A. Daniélou trahit la doctrine de son maître Swâmî Karpatrî au prix de traductions erronées ; il attribue même au maître indien, pour des raisons idéologiques propres à lui-même, des positions politiques nationalistes qui ne sont pas les siennes. Il utilise René Guénon du vivant de ce dernier et le critique après sa mort. Le sexualisme débridé ou la tradition d’érotisme attribués à l’hindouisme relèveraient eux aussi d’interprétations fausses voire inacceptables de la tradition. Jean-Louis Gabin pouvait d’autant mieux écrire ce livre qu’il fut un temps attiré par les idées de Daniélou et lui servit de passeur en le publiant en français et en anglais. Il fait œuvre utile – sévèrement certes – en dénonçant une imposture.
J.-L. S.