L’ÉCONOMIE SOCIALE ET SOLIDAIRE AUX PRISES AVEC LA GESTION


Spécialiste incontesté de l'économie solidaire, Jean-Louis Laville, professeur au Conservatoire national des arts et métiers, propose une théorie générale de l'associationnisme. Cet ouvrage mêle l'histoire de la pensée sociale sur plusieurs siècles aux réalisations actuelles en matière de tiers secteur et d'économie « autre » que capitalistique car, pour l'auteur, c'est justement cette « intrication entre pratiques et idées » qui est essentielle à la compréhension de l'associationnisme, de ses succès comme de ses éclipses. Il nous entraîne dans la République des Guaranis, que les jésuites ont impulsée avec les communautés indien­nes, tout comme il nous expose le fonctionnement des nombreux regroupements populaires adoptant la mutuelle comme forme d'économie solidaire, en Amérique latine, aux États-Unis ou en Europe. Nous croisons Buchez, Fourier, Bourgeois et bien sûr Charles Gide en d'incessants aller-retour entre les premières tentatives, plus ou moins philanthropiques, d'inventer d'autres types de répartition et les plus récentes innovations en matière de microcrédits. Pour chaque cas étudié, Jean-Louis Laville n'hésite pas à évoquer ses limites ou ses imperfections, ne brandissant pas l'associationnisme comme « solution pure et parfaite » à la question sociale générée par le capitalisme marchand. Il explore, avec passion, ces alternatives et tente d'en mesurer les effets pour les participants (souvent bénévoles), ainsi examine-t-il l'économie populaire, les services de proximité, le commerce équitable, la microfinance et les monnaies sociales, au Pérou comme en France, ou ailleurs. À la suite de J. Allard et J. Matthaei, il considère que l'économie solidaire « ne crée pas de pratiques pour se conformer à des principes mais elle crée des principes pour traduire des pratiques ». Avec la crise économique, ces principes devraient se traduire en expérimentations… C'est l'objet du second ouvrage, qui rassemble neuf contributions, démontant les mécanismes gestionnaires d'un groupe bancaire coopératif, le traitement des ressources humaines dans des entreprises d'insertion, la mobilisation des salariés dans les sociétés coopératives (Scop), les relations Nord-Sud dans le commerce équitable de la filière textile, les nouvelles solidarités portées par les entreprises sociales… En France, l'économie solidaire représente deux millions d'emplois, ce qui la sort de la marginalité et confère à l'associationnisme sa dimension politique dans la quête d'une autre économie…

Th. P.

Desclée de Brouwer, 2010
480 p. 28 €