La Fin de la télévision


    Monique Dagnaud
LES ARTISANS DE L’IMAGINAIRE.      Comment la télévision  fabrique la culture de masse ?
Paris, Armand Colin, 2006, 320 p., 2006

Pour Monique Dagnaud, la télévision ne se porte pas si mal puisqu’elle contribue à créer une culture de masse dans laquelle l’ensemble des individus peut se reconnaître. Cherchant à coller aux désirs des téléspectateurs, la profession restreinte au petit milieu des scénaristes (auprès desquels l’auteur a mené une enquête) cherche à en anticiper les goûts et les aspirations. Ce livre, qui souligne bien le contraste entre une culture massive et le caractère marginal de ceux qui en produisent l’imaginaire, met en avant deux tendances sur le plan des contenus : « Replis sur l’identité nationale et les tourments de l’individu, construction d’un imaginaire à mille entrées possibles et nourri de lui-même : l’espace télévisuel opère dans ces directions, après vingt ans de libération économique […] D’un côté s’épanouit la culture du divertissement, de l’autre se consolide le sentiment identitaire de la société française à travers une image relativement stéréotypée et des valeurs morales. »      Jean-Louis Missika prend, de son côté, le parti inverse dans un livre décapant où il annonce « la fin de la télévision » et donc de la « culture de masse ». Alors qu’il avait cru à la télévision citoyenne il y a déjà plusieurs décennies, il décrit ici l’évolution des contenus en distinguant trois périodes – l’âge classique de la paléo-télévision (celle qui pense que « la culture pour tous passera par la télévision ») ; l’âge baroque de la néo-télévision (celle qui « s’arroge une fonction consolatrice et, au-delà, se donne pour vocation de réparer le lien social ») ; et l’âge rococo de la post-télévision (celle de la téléréalité qui, tel Pygmalion, « transforme un téléspectateur ordinaire en héros qui aura surmonté les épreuves, surpassé ses adversaires, et qui se sera révélé, relevé, en un mot, accompli »). Mais Missika ne prend pas ce dernier âge trop au sérieux puisqu’il annonce la disparition de la télévision en évoquant plusieurs phénomènes (démédiation, hypersegmentation, convergence numérique, fin de l’indépendance économique…) qui sont en passe de marginaliser une télévision qui n’est déjà plus l’écran central (voir le numéro spécial d’Esprit, « La société des écrans », mars-avril 2003). Montrant avec force que nous allons vers un monde des images et de l’information de plus en plus « déprofessionnalisé » et donc « dé-hiérarchisé », il s’interroge dans un dernier temps sur nos capacités à animer un espace public digne de ce nom, par le biais d’une analyse de l’évolution du journal télévisé et la prise de pouvoir progressive d’internet sur la télévision. « Un jour ou l’autre, internet deviendra le média dominant, celui auquel la télévision sera asservie en termes de ressources politiques, comme la presse écrite a été asservie par la télévision à la fin du XXe siècle. Alors, on pourra mesurer les conséquences de la marginalisation de cet outil de synchronisation et de condensation du débat pour l’espace public et la vie politique. »
O. M.

La République des idées/Le Seuil, 2006
112 p. 10,50 €