Le cinéma du désir
Dictionnaire
Alors que les dictionnaires de facture universitaire se multiplient dans le domaine du cinéma (voir le récent Dictionnaire de la pensée du cinéma aux Puf), ce dictionnaire très personnel, rédigé par Jean-Luc Douin qui fut longtemps critique au Monde, est une bonne surprise. D’une part, il rappelle qu’un dictionnaire peut être l’occasion d’un voyage amoureux qui associe moins des concepts et des noms propres que des moments, des visages, des souvenirs, des chocs… Ce qui n’est bien sûr pas sans lien avec la thématique du désir choisie ici (on doit à l’auteur plusieurs ouvrages dont les Écrans du désir et un Dictionnaire de la censure au cinéma) : le désir de cinéma est aussi un désir d’acteurs (voir les belles pages sur Rita Hayworth, Ava Gardner ou Delphine Seyrig, dont la voix est immortelle), et il passe par des mises en scène du désir (David Lynch, Roman Polanski, mais aussi les relations entre François Truffaut et Benoît Jacquot et leurs comédiennes) et des films (voir la place centrale de Vertigo (Sueurs froides) de Hitchcock, dont on apprend qu’il fut décisif dans l’écriture de la Jetée de Chris Marker). D’autre part, cette écriture très libre qui se joue de la lourdeur du dictionnaire dément le lieu commun selon lequel il n’y aurait plus de plumes critiques depuis la grande époque des Cahiers du cinéma. Cet ouvrage, tout comme le récent recueil de Jean-François Rauger (conseiller pour la programmation de la Cinémathèque), l’Œil qui jouit (voir notre compte rendu dans le numéro d’août-septembre), montre bien que la critique passe par la capacité de parler de « son » cinéma.
O. M.