La Grande Récession (depuis 2005)
Ancien économiste du Medef, collaborateur régulier de la revue Le Débat, dont il reprend ses articles dans ce livre (mais peut-on parler de livre inédit puisque les articles ne le sont pas !), Jean-Luc Gréau est l’un des analystes les plus rigoureux de la crise que nous connaissons selon lui depuis 2005. On n’est pas obligé de partager tous les points forts de son analyse – les obstacles auxquels se heurtent l’Europe, les États-Unis et désormais le reste du monde sont « le déclin possible de l’investissement en Chine, la moindre possibilité d’obtenir le désendettement public et privé des économies américaine et européenne et le démembrement envisageable de l’euro » – qui débouchent sur l’annonce d’une nouvelle dépression dans le sillage de la Grande Récession. On reconnaîtra cependant à cet analyste que ses prévisions se sont en gros réalisées depuis des années, que sa critique radicale du capitalisme financier est carrée (voilà une pensée issue du Medef aux accents radicaux), et que son analyse de l’évolution de l’euro « en détresse » mérite réponse. Mais surtout, il ne voit pas, comme les analystes du néolibéralisme à la petite semaine, dans celui-ci une dérégulation, une désorganisation du marché mais un type de régulation du marché d’un nouveau genre. Et plus encore, il n’hésite pas à viser le rôle des États, qui sont des acteurs à part entière de la mondialisation économique. En cela, décrire le nouveau type d’organisation économique mondialisé est une invitation à penser les alliances nouées entre le politique et l’économique. D’où le pessimisme du livre, qui ne cède pas pourtant pas à un anticapitalisme radical comme un autre collaborateur du Débat, l’anthropologue économiste Paul Jorion.
O. M.