La nouvelle Égypte

Idées reçues sur un pays en mutation


« On est frappé, dans ce pays où une personne sur deux a moins de 25 ans, tant par la multiplicité des associations civiles que par la vitalité des débats et des contestations qui traversent le champ social. » Enseignant dans une filière politique de l’université du Caire pendant de nombreuses années, Jean Marcou a beaucoup appris et écouté, c’est pourquoi il dessine fort bien le paysage social et politique de l’Égypte et nous débarrasse d’une approche de ce pays par les nombreux clichés dont il est victime depuis les événements du 25 janvier 2011. Oui, le pays a connu une révolution, et la parole publique s’est libérée ; non, la religion musulmane n’est pas en voie de disparition, bien au contraire ; non, les partis politiques radicaux, à commencer par les Frères musulmans (nés en terre égyptienne et harcelés par les nassériens), qui ont porté au pouvoir le président Morsi ne sont pas soutenus par la majorité de la population musulmane ; non, la transition démocratique n’est pas gagnée car l’opposition est divisée et le pays subit une grave crise économique. Ainsi une révolution a-t-elle bien eu lieu, mais la démocratie n’en est pas l’aboutissement assuré. Il n’en reste pas moins que la place Tahrir, fort bien décrite et mise en scène par l’auteur, continue d’apparaître comme l’espace vide de la fondation… Comme en Tunisie, de la fondation à l’institution de la démocratie, le chemin sera long et la constitution menace d’aller à contre-courant.

 

O. M.

Le Cavalier bleu , 2013
208 p. 20 €