Petite écologie des études littéraires

Pourquoi et comment étudier la littérature


Connu pour la qualité de ses travaux portant sur la création esthétique depuis plusieurs décennies (Pourquoi la fiction ?, la Fin de l’exception humaine), Jean-Marie Schaeffer pose dans ce livre (reprise très élaborée d’une conférence) une seule et même question : comment enseigne-t-on la littérature et pourquoi cet enseignement donne-t-il si peu le goût de la lecture ? À ceux qui pensent que l’échec de l’enseignement littéraire (échec, si l’on en juge par le faible nombre de lecteurs) est lié à la mort de la littérature, il répond par une double argumentation. Tout d’abord, la production littéraire ne se porte pas si mal en France (comme ailleurs) sans même parler de la redécouverte d’auteurs oubliés ou méprisés en raison des modes littéraires (voir le succès actuel des romans « durs » de Simenon, ceux qui ne sont pas des Maigret). Ensuite, le procès intenté vise l’enseignement littéraire lui-même, engoncé dans des formalismes et méthodologies (devenus des académismes) qui dégoûtent de la lecture plus qu’autre chose. Face à ce constat qui ne revient pas à attiser la querelle des anciens et des modernes (dans le fil de la controverse R. Picard/R. Barthes sur Racine) mais à susciter le désir de lire, Schaeffer propose une pédagogie qui passe par l’apprentissage de l’écriture par tout un chacun. Ces propos ne sont pas sans faire écho aux travaux de Paul Ricœur qui mettait en avant l’identité narrative et la place du narrateur cher à W. Benjamin. Chercheur lui-même, J.-M. Schaeffer intervient également, ce qui n’est pas inutile dans le contexte des réformes en cours, sur les impasses de la recherche en littérature qui s’enferme dans des hyperspécialisations qui sont autant de tunnels disciplinaires alors même qu’il faudrait faire des bilans et créer des synergies. On lit ce livre en pensant vraiment que l’affaire de la littérature et de la lecture n’est pas une affaire de conservateurs ni de ringards. C’est l’occasion de signaler la naissance des éditions Thierry Marchaisse, du nom d’un ancien éditeur du Seuil qui prend le risque de créer sa ­maison.

O. M.

Editions Thierry Marchaisse, 2011
128 p. 15 €