Indiens et conquistadores en Amérique du Nord


Parmi les chapitres de la colonisation espagnole des Amériques au xvie siècle, les conquêtes de Cortès au Mexique et des frères Pizarro au Pérou sont mieux connues du public que les tentatives désastreuses d’implantation en Amérique du Nord. Jean-Michel Sallmann met en lumière ces événements ; il étudie les expéditions organisées vers le pays pueblo (Arizona, Nouveau-Mexique), les plaines du Sud-Est (Floride, Géorgie, Carolines) et la vallée du Mississippi, insistant sur leurs motifs géopolitiques, leurs modalités pratiques et les raisons de leur insuccès. L’ambition des envahisseurs était double : d’abord s’enrichir par le pillage, la mise au travail forcée des Indiens et l’exploitation de ressources minières, puis découvrir un détroit moins dangereux que celui de Magellan, afin d’ouvrir une nouvelle route commerciale vers la Chine et ainsi concurrencer le commerce portugais. Mais au lieu des empires florissants et des mines d’or, ils rencontrèrent des peuples adeptes de la guérilla et des immensités au climat rude, en ces temps de « petit âge glaciaire ». Sur les six cents hommes de l’expédition Narváez en Floride, quatre en revinrent, après sept ans de marche ! Si les conquistadores se signalèrent par leur cruauté et leur incompréhension des cultures locales, le récit de Cabeza de Vaca décrit sa captivité dans un monde karankawa « brutal mais empreint d’une grande humanité ».

 

Pierre Lefebvre

Payot, 2016
347 p. 24 €