Le grand basculement

La question sociale à l'échelle mondiale


Ce livre est important. Outre le décentrement auquel il invite le lecteur, outre l’invitation qu’il nous adresse à regarder ailleurs que dans l’Hexagone, il est une incitation à saisir le contraste entre nos démocraties européennes quelque peu malmenées et les démocraties qui émergent, certes non sans aspérités et difficultés, aux quatre coins du monde. Alors que la généalogie européenne de la constitution des États est politique et que la démocratie politique a tenté de devenir progressivement sociale, voire urbaine puis participative, les acteurs des pays émergents inversent souvent le processus et privilégient les démocraties sociale, urbaine et participative. Mais pourquoi les acteurs sociaux, au Brésil ou ailleurs, favorisent-ils par exemple la démocratie des villes aux dépens d’une implication dans la conquête du pouvoir politique ? Peut-être que la méfiance envers la classe politique représentative (clientélisme, corruption, pratiques mafieuses) a atteint un degré tel qu’il est plus crédible de se battre sur le terrain local que de s’engager dans des luttes de pouvoir où la violence politique est redoutable. Alors que nous nous méfions de la démocratie politique et que notre démocratie sociale est en voie de fragilisation, les émergents imaginent peut-être différemment la construction de la démocratie dans la globalisation.

O. M.

Odile Jacob, 2011
301 p. 25,90 €