Un don doit-il être gratuit ?

Solidarité et philantropie


Le don est-il un invariant anthropologique ou une construction sociale ? Comment expliquer les gestes de Bill Gates et de Warren Buffet, qui donnèrent chacun plus de 95 % de leur fortune à des œuvres caritatives ? Retraçant la généalogie de la réflexion sur le don ouverte par l’Essai sur le don de Marcel Mauss, puis enrichie par Derrida et Lévi-Strauss, Jean Nestor montre que ce que nous nommons «  don  » recouvre en réalité deux types de gestes bien distincts : le don «  sacrificiel  » d’une part, qui consiste à abandonner ce que l’on possède pour qu’il soit récupéré par un autre, et dont le mécanisme est centré d’abord sur la relation entre le donateur et ce qu’il sacrifie, sans contrepartie attendue de la part du récipiendaire, et le don «  performatif  » d’autre part, centré cette fois sur la relation à l’autre ouverte par le don. Il ne s’agit plus dans ce second cas d’une simple relation d’échange, mais bien d’un désir de construire une relation humaine dont l’acte du don n’est que le déclencheur, et qui implique chacun des participants dans un processus dynamique et réciproque. Derrière le don performatif se cache en réalité la possibilité toujours nouvelle de choisir le partenaire d’une relation – possibilité que le don sacrificiel complète : il réinstaure en effet cette relation dans une perspective non marchande, qui aplanit l’échelle des différences sociales. Dès lors, le don apparaît comme une nouvelle forme de subjectivité ouverte, tournée vers le désir de construire collectivement une «  cité heureuse  », dont le principe repose sur une forme d’irrespect des droits acquis.

F. D.

Presses universitaires de Rennes, 2016
236 p. 18 €