LE TERRITOIRE DU RIEN
La contre-révolution patrimonialiste
Comment aborder l’urbanisation généralisée qui règne aujourd’hui souverainement sur le paysage de nos villes et qui, selon l’auteur, n’ouvre plus aucun accès à l’« urbanité », c’est-à-dire à la possibilité même de la rencontre et de l’expérience collective ? Pour répondre à cette question, ce livre tente de donner un aperçu de « l’espace-temps moderne », une manière réactive et finalement « nihiliste » de se rapporter au monde et à l’histoire. L’émergence en Europe de la ville-musée s’explique par le « culte patrimonial » qui caractérise les politiques urbanistiques contemporaines, oublieuses du fait que « la ville n’existe que sur fond de ce qui ne se donne pas à voir : le temps, la mémoire, l’histoire ». Ce livre s’en prend avec fougue au triomphe du style clean, à la relégation sociale hors des centres et au culte du spectaculaire : autant de phénomènes qui participent d’une reterrorialisation (Gilles Deleuze aurait dit une « capture ») de la ville. Or la ville est ce qui, en un sens, doit échapper à l’espace pour retrouver sa fonction politique de subversion ou d’invention du quotidien. Réempruntant les itinéraires parisiens de Walter Benjamin et les voies ouvertes par cette « révolution urbaine » qu’a été Mai 68, l’auteur nous invite à retrouver un « désir de ville ».
M. F.