LE BURLESQUE
Vincent Amiel, Jacqueline Nacache, Geneviève Sellieret Christian Viviani
L’ACTEUR DE CINÉMA.
Approches plurielles
Colloque de Cerisy/Presses universitaires de Rennes, 2007, 262 p., 16 euros
Après une période où l’édition de cinéma a eu du mal à trouver un public en raison d’un désintérêt intellectuel pour les images ou des exigences des approches spécialisées, une génération d’auteurs naturellement gagnée à l’image et qui a lu Daney, Deleuze ou Rancière, trouve matière dans une histoire du cinéma qui n’est pas terminée. La relecture des cinéastes reconnus que proposent chaque semaine les Cahiers du cinéma dans des essais qui accompagnent le journal Le Monde en est le signe. En témoignent également plusieurs ouvrages. La Philosophie sur grand écran d’Olivier Dekens associe un film et une interrogation philosophique : le sujet et A history of violence de David Cronenberg, le temps et Elephant de Gus Van Sant, la religion et Breaking the waves de Lars Von Trier, la raison et Shining de Stanley Kubrick, la démonstration et Théorème de Pasolini, l’interprétation et Mulholland de David Lynch… Dans le Burlesque, Jean-Philippe Tessé esquisse une histoire du cinéma burlesque qui permet de revenir aux origines (Keaton et Chaplin, mais aussi Langdon, Charley Chase et Charley Bowers), de rappeler les figures mélancoliques de Peter Sellers et Jerry Lewis, d’évoquer des auteurs récents (les frères Farrelly qui abordent le thème des frères siamois dans Deux en un [Stuck on you], Wes Anderson, Kitano et Kaurismäki), et d’observer, en dépit d’un retrait manifeste du cinéma comique, la persistance de la conception du monde à laquelle renvoie le burlesque (« Peut-être le programme ultime de la comédie, et du burlesque en particulier, est-il celui-ci : un art de vivre ensemble dans un monde toujours sur le point de se déborder lui-même, absurdement, scandaleusement »). On n’y est pas indifférent à Esprit où André Bazin, critique de la revue et fondateur des Cahiers du cinéma en 1951, écrivait des articles devenus des classiques sur Chaplin ou Jacques Tati. Ne craignant pas de renouer avec des réflexions du style Bazin ou Roland Barthes sur les acteurs, des universitaires proposent dans l’Acteur de cinéma : approches plurielles des réflexions sur les comédiens de cinéma parmi lesquels James Cagney, Ronald Reagan, Clint Eastwood, Tom Cruise, Danielle Darrieux, Catherine Deneuve… Et pour cause : « On peut se demander, écrit Vincent Amiel, si les acteurs ne sont pas devenus l’objet premier du cinéma, plus que leurs personnages. Mais penser l’acteur ainsi, c’est le penser comme ayant disparu, comme ayant en quelque sorte déserté sa fonction d’incarnation pour n’être que carnation. Comme si sa persona avait étouffé tous les personnages. » Le comédien est devenu une star par lui-même, mais il ne faut pas oublier qu’il incarne aussi (et encore) des personnages. L’oublier réduit le comédien à sa seule image people.
O. M.
L’ACTEUR DE CINÉMA.
Approches plurielles
Colloque de Cerisy/Presses universitaires de Rennes, 2007, 262 p., 16 euros
Après une période où l’édition de cinéma a eu du mal à trouver un public en raison d’un désintérêt intellectuel pour les images ou des exigences des approches spécialisées, une génération d’auteurs naturellement gagnée à l’image et qui a lu Daney, Deleuze ou Rancière, trouve matière dans une histoire du cinéma qui n’est pas terminée. La relecture des cinéastes reconnus que proposent chaque semaine les Cahiers du cinéma dans des essais qui accompagnent le journal Le Monde en est le signe. En témoignent également plusieurs ouvrages. La Philosophie sur grand écran d’Olivier Dekens associe un film et une interrogation philosophique : le sujet et A history of violence de David Cronenberg, le temps et Elephant de Gus Van Sant, la religion et Breaking the waves de Lars Von Trier, la raison et Shining de Stanley Kubrick, la démonstration et Théorème de Pasolini, l’interprétation et Mulholland de David Lynch… Dans le Burlesque, Jean-Philippe Tessé esquisse une histoire du cinéma burlesque qui permet de revenir aux origines (Keaton et Chaplin, mais aussi Langdon, Charley Chase et Charley Bowers), de rappeler les figures mélancoliques de Peter Sellers et Jerry Lewis, d’évoquer des auteurs récents (les frères Farrelly qui abordent le thème des frères siamois dans Deux en un [Stuck on you], Wes Anderson, Kitano et Kaurismäki), et d’observer, en dépit d’un retrait manifeste du cinéma comique, la persistance de la conception du monde à laquelle renvoie le burlesque (« Peut-être le programme ultime de la comédie, et du burlesque en particulier, est-il celui-ci : un art de vivre ensemble dans un monde toujours sur le point de se déborder lui-même, absurdement, scandaleusement »). On n’y est pas indifférent à Esprit où André Bazin, critique de la revue et fondateur des Cahiers du cinéma en 1951, écrivait des articles devenus des classiques sur Chaplin ou Jacques Tati. Ne craignant pas de renouer avec des réflexions du style Bazin ou Roland Barthes sur les acteurs, des universitaires proposent dans l’Acteur de cinéma : approches plurielles des réflexions sur les comédiens de cinéma parmi lesquels James Cagney, Ronald Reagan, Clint Eastwood, Tom Cruise, Danielle Darrieux, Catherine Deneuve… Et pour cause : « On peut se demander, écrit Vincent Amiel, si les acteurs ne sont pas devenus l’objet premier du cinéma, plus que leurs personnages. Mais penser l’acteur ainsi, c’est le penser comme ayant disparu, comme ayant en quelque sorte déserté sa fonction d’incarnation pour n’être que carnation. Comme si sa persona avait étouffé tous les personnages. » Le comédien est devenu une star par lui-même, mais il ne faut pas oublier qu’il incarne aussi (et encore) des personnages. L’oublier réduit le comédien à sa seule image people.
O. M.