TERRES URBAINES

Places, jardins, et terres incultes dans la ville au Moyen Age


Cet ouvrage de l'historien Jean-Pierre Leguay, qui porte sur les terres urbaines dans les villes du Royaume de France du Moyen Âge (xive et xve siècles), participe d'une série comportant quatre volets (les deux premiers exploraient l'eau et le feu et le quatrième portera sur l'air et le vent). D'une luxuriance sémantique (l'auteur valse avec les mots dont la variété est sidérante [dialectes, régions…] puisque la grammaire ne les a pas encore homogénéisés) et visuelle (entre Bretagne et Savoie, on parcourt les paysages les plus hétérogènes), ce troisième volume s'appuie sur un travail d'archives impressionnant. Mais il a surtout le mérite de montrer que la ville dense et recroquevillée autour de ses murailles n'est pas la règle dans la mesure où les zones intermédiaires (mi-rurales, mi-urbaines) sont très nombreuses. Ce qui conforte la conception de l'homo urbanus chère à Jacques Le Goff pour lequel l'espace urbain ne s'oppose pas au Moyen Âge à la campagne mais à la forêt (celle de Michelet et de la Sorcière) et au désert (espace de la « retraite » spirituelle). Par ailleurs, l'inventaire de ces friches est l'occasion d'une description de tous les espaces publics qui se forment dans ces espaces « entre deux » selon diverses modalités (sports, jeux, fêtes ludiques…). On a donc moins affaire à des « délaissés urbains » qu'à des terres qui participent de la dynamique urbaine en se métamorphosant. Tout cela n'est pas sans faire écho à notre époque où la question de « la nature urbaine » (qui ne se réduit pas à quelques murs végétaux !) est plus que d'actualité. Alors que la forêt n'est plus considérée comme un espace marginal et sauvage, le texte classique de l'Anglais William Gilpin (1724-1804) fournit l'occasion de réfléchir au statut de la forêt amazonienne comme un « bien commun », ce que toute une littérature récente sur l'Amazonie ne cesse de rappeler, mais aussi comme une « beauté pittoresque » qui ne méconnaît pas le rôle de la difformité.

O. M.

Presses urbaines de Rennes, 2009
352 p. 22 €