ROMS ET TSIGANES
Avec l’historienne Henriette Asséo, Jean-Pierre Liégeois, coordinateur entre autres du dossier d’Esprit de mai 1980 et d’une étude pour le Groupement des droits des minorités, est l’un des rares connaisseurs de ce dossier brûlant. Le principal intérêt de la synthèse pédagogique qu’il a publiée en 2009 est de souligner deux points : d’un côté, les fortes résistances à l’application d’un droit européen qui a le mérite d’exister ; de l’autre, le climat de manipulation politique ambiant. En ce qui concerne le droit : « L’union européenne n’a pas encore pris la mesure des enjeux et des dynamismes en cours. On est en pleine contradiction entre la volonté politique exprimée d’améliorer la situation des Roms, et la légèreté avec laquelle on met en œuvre les moyens pour y parvenir. Contradiction aussi entre la lourdeur administrative purement formelle et de certains programmes proposés et l’absence d’attention portée sur la qualité des contenus développés. En matière de droits (en faveur des Roms), bien souvent les ingrédients sont présents mais ne sont pas utilisés. » En ce qui concerne la manipulation, Liégeois anticipait parfaitement en 2009 ce qui s’est passé en France cet été : « On assiste à une exacerbation des conflits, à une escalade de la violence, aussi bien de la part des individus que de la part des États ; surveillance généralisée, expulsions collectives, actes qui passent le plus souvent inaperçus, mais qui, parfois, deviennent des affaires parce que médiatisés […] Dans ce contexte, et étant donné que le cadre juridique s’est précisé, les faits sont manipulés, les stéréotypes sollicités, les discours débridés. » Et si on écoutait un peu les chercheurs qui le méritent…
O. M.