L’AVENTURE BAROQUE
Faisant partie de l’École de Genève, qui devait regrouper des « littéraires », d’Albert Béguin, ancien directeur d’Esprit, à Jean Starobinski en passant par Marcel Raymond, Jean Rousset n’a cessé de traquer les secrets d’un style baroque qu’il n’a jamais voulu définir caricaturalement par des contenus. Ce grand critique qui devait s’intéresser à la Nouvelle Critique et au Nouveau Roman, à Roland Barthes, Claude Simon et Michel Butor, ne met pas en relation par hasard sa compréhension historico-littéraire du baroque et l’idée d’œuvre comme « espèce d’espace », selon l’expression de Georges Perec. Alors que Georges Poulet voulait voir dans la subjectivité le dénominateur commun de l’École de Genève, force est de constater, avec Jean Starobinski dans l’un des textes introductifs de cet ouvrage, que les « indices objectifs » et les « faits de style » ont été pris en compte par les Genevois. En témoignent ces extraits de l’ouverture de Forme et signification : « Principe actif et imprévu de révélation et d’apparition, (la forme) déborde les règles et les artifices, elle ne saurait se réduire à un plan ou à un schéma, ni à un corps de procédés ou de moyens. Toute œuvre est forme dans la mesure où elle est œuvre […] Mais il n’y a de forme saisissable que là où se dessine un accord ou un rapport, une ligne de forces, une figure obsédante, une trame de présences ou d’échos, un réseau de convergences ; j’appellerai “structures” ces constantes formelles, ces liaisons qui trahissent un univers mental et que chaque artiste réinvente selon ses besoins […] Il n’y a de lecture complète que celle qui transforme le livre en un réseau simultané de relations réciproques. » Cet ouvrage intitulé l’Aventure baroque, dont l’ambition avouée est de donner une image de l’Allemagne autre que celle de la guerre récente conduite par les nazis, propose une flânerie romaine, un texte intitulé « Mon baroque » et deux séquences consacrées à Andréas Gryphius et Angelus Silesius.
O. M.