Rennes, la ville archipel

Entretiens avec Jean Viard


Cet ouvrage s’inscrit dans la collection « Villes et territoires », déjà bien fournie, où Jean Viard offre « un lieu de mémoire » à des aventures urbaines et aux hommes qui en furent les acteurs. Le titre de celui-ci, « la ville archipel », exprime à la fois la difficulté de construire une métropole régionale, les résistances auxquelles se heurte un tel projet et la forme que prend progressivement cette métropole en intégrant les résistances en question plutôt qu’en les combattant frontalement. L’expression désigne, en effet, d’abord cette ceinture de verdure édifiée ou maintenue par les communes qui entourent la ville pour rester séparées de celle-ci et bien se distinguer les unes des autres. Elle manifeste ainsi le refus premier de ces communes de s’inscrire dans une communauté urbaine vécue comme une domination de la ville-centre. Puis elle devient le nom donné au mode d’agrégation des communes environnantes avec la ville-centre, soit une manière de faire de ces espaces naturels non plus une frontière mais une ressource de la ville, une valeur intégrée à celle-ci. Quand le moyen du refus de l’union devient un principe d’unification, on tient le début d’une histoire, dont Jean-Yves Chapuis enchaîne ensuite les étapes au fil de cet entretien. Une histoire qui ressemble beaucoup à celles de toutes les métropoles régionales confrontées à l’impératif de se rendre attractives tout en maintenant la cohésion sociale dans un territoire qui s’élargit et se complique. Cela en se dotant des moyens de comprendre l’évolution des modes de vie d’une société où un couple vit rarement plus d’une décennie dans un même lieu. Pour se faire attractive, une métropole doit aussi et surtout devenir de plus en plus aisément connectable avec des ailleurs aussi lointains que possible, et pour cela disposer d’un aéroport proche. La construction de celui de Notre-Dame-des-Landes apparaît cruciale à cet égard. Il serait à vingt minutes de Nantes et seulement à trente minutes de Rennes. Avec l’évocation de cet enjeu, le « récit de ville » qui nous est proposé se fait de plus en plus tendu. Mais il n’y a pas de récit qui se tienne sans cette part de dramatisation.

J. D.

Editions de l'Aube, Villes et territoires, 2013
176 p. 14,80 €