ÉLISÉE RECLUS

Six études en géographie sensible


Traducteur de Kenneth Rexroth, David Thoreau ou encore John Burroughs (qu’il fait connaître en France), Joël Cornuault est aussi la cheville ouvrière des Cahiers Élisée Reclus, qui contribuent à la popularisation des travaux du célèbre géographe libertaire, mais aussi à mieux situer son œuvre, à faire rencontrer ses amis, à comprendre ses combats, à partager ses enthousiasmes, sans jamais tomber dans l’admiration béate et dogmatique. Il reprend ici quatre articles déjà publiés et deux inédits. Chacun éclaire un pan de cette « œuvre polyphonique » où domine une complicité explicite et revendiquée du géographe avec la terre et les éléments. Il n’a pas écrit une Histoire d’un ruisseau ou Du sentiment de la nature dans les sociétés modernes (anthologie réalisée par Joël Cournuault, Premières Pierres, 2002), par hasard : c’est un marcheur, un observateur et parfois un contemplatif. « Reclus, note l’auteur, ne considère pas la géographie d’abord comme un savoir, une spéculation théorique, et dont seuls quelques initiés pourraient vérifier le contenu, l’utilité, la véracité. […] Élisée voit en elle, par ce qu’il a de meilleur en tout cas, une possibilité de présence au monde – généreuse, qui rende la condition humaine plus légère et l’action humaine moins prédatrice et possessive. Une présence au monde heureuse avec les autres, et non seulement égoïstement en soi-même. » Joël Cornuault s’arrête sur la notion de « vulgarisateur » et lui préfère « semeur de géographie », analyse sa conception linéaire et cyclique du temps qui néanmoins refuse de rompre avec l’évolutionnisme de l’époque, disserte sur le sauvage (opposé au civilisé ?), compare l’approche naturaliste de Burroughs à celle géographique de Reclus, repère la présence du mot « harmonie » chez Reclus et trouve chez cet auteur une écriture musicale, plus encore, une musique intérieure que chaque être humain porte en lui… Passionné est Joël Cornuault, incontestablement, mais sans tapage, et c’est avec une grande simplicité qu’il nous invite à cheminer en compagnie de Reclus et des amis qu’il lui invente parfois. Comment le refuser ?

T. P.

Isolato, 2008
102 p. 17 €