L’HISTOIRE SUISSE
Journaliste et éditorialiste au Temps, l’un des quotidiens de Genève, Joëlle Kuntz a récemment publié Terminus, un beau livre sur les frontières dans un monde globalisé. Ici, elle ne regarde pas vers l’extérieur de la Suisse mais entreprend de raconter son pays en se penchant sur son histoire. Ouvrant celle-ci par un commentaire du portrait de Guillaume Tell (« Son corps d’homme poussé à la limite de l’humain prend dans l’imaginaire suisse la place du corps du roi dans les nations rassemblées autour d’une dynastie ») par le peintre Fernand Hodler, elle écrit : « La Suisse a des amis mais pas d’alliance. Elle coexiste avec les nations du monde mais ne cohabite avec aucune d’elles. Elle n’a de pacte que le sien, celui que trois minuscules cantons, puis treize, puis vingt-cinq et enfin vingt-six ont passé au cours des derniers sept cents ans pour n’appartenir ni à l’Autriche, ni à la France, ni à l’Allemagne. La confédération se voit comme une Willensnation, une “Nation de la volonté”, l’œuvre de ses peuples associés qui se sont choisis mutuellement. » Il en ressort que nous n’avons pas droit au procès en rase campagne du pays des banques (un procès qui n’en garde pas moins son sens) mais une réflexion sur la fédération helvétique qui met en avant le rôle des grands ensembles urbains que sont les grandes villes suisses : Genève, Zurich, Berne, Bâle, Fribourg, Neuchâtel, Lausanne. Voilà une belle exploration amoureuse où la journaliste n’hésite pas à se faire historienne d’un pays qui cultive les paradoxes identitaires : « Petite, mais grande ; pauvre mais riche ; solitaire mais douée d’ubiquité ; neutre mais cherchant à faire le bien ; indépendante mais totalement dépendante. »
O. M.
O. M.