Paul Ricoeur
Une philosophie de l'agir humain
Il n’est pas aisé de trouver un fil conducteur susceptible de rendre compte de l’œuvre entière de Paul Ricœur et des itinéraires qu’elle a empruntés, de la philosophie de la volonté jusqu’aux dernières réflexions sur la mémoire et l’histoire. Ce livre fait le pari que la question anthropologique permet de reconstituer cette unité, une anthropologie comprise en un sens large puisqu’elle intègre aussi bien le statut de la pensée réflexive que celui de la philosophie morale et normative. L’auteur montre que Ricœur se situe au croisement de trois « paradigmes » : le modèle traditionaliste, l’exigence moderne et le paradigme postmoderne (celui qui a renoncé à l’espoir de toute fondation) auquel le philosophe semble accorder plus d’importance qu’on ne le dit d’habitude. À tous ces niveaux, c’est la « dialectique entre la situation et l’horizon » qui est la plus expressive d’une pensée pratique qui accorde autant à ce qui est « déjà là » qu’à ce qui « doit être ». Tout en prenant le parti d’une lecture « intratextuelle », l’auteur étudie avec précision les appropriations par Ricœur de problématiques lui venant du dehors, qu’il s’agisse de la psychanalyse, de l’histoire ou de la pratique de la justice et du droit. La deuxième partie du livre (« La voie herméneutique des sciences humaines ») est la plus riche en analyses originales sur les implications épistémologiques du travail ricœurien, faisant une large part aux critiques qui lui ont été adressées depuis le rivage des sciences sociales. Mais c’est finalement à la constitution d’une « philosophie normative » répliquant aux tentations sceptiques tout en tenant compte des pesanteurs de l’agir humain que nous invite la pensée de Ricœur, ici résolument inscrite dans des débats contemporains qui sont, aujourd’hui encore, ouverts au « conflit des interprétations ».
Michaël Foessel
Michaël Foessel