Les Dieux, l'Etat et l'individu

Réflexions sur la religion civique à Rome


Cet ouvrage présente la controverse opposant les historiens de l’Antiquité romaine au sujet de la religion : existe-t-il à Rome un sentiment religieux personnel ou le culte romain correspond-il au modèle d’une religion avant tout civique ? En d’autres termes : pouvons-nous comprendre une expérience du religieux – juridique, collective, ritualiste – si opposée à la nôtre, sans projeter rétrospectivement sur elle les notions de croyances personnelles ou de piété ­populaire, en réalité issues de la tradition chrétienne ? L’auteur, professeur au Collège de France, ne présente pas ce débat de manière neutre : il n’est pas convaincu par les adversaires de la religion civique, marqués, souvent à leur insu, par une conception romantique de la religiosité. Pour en défendre la pertinence, il revient pédagogiquement sur la définition de la Cité et de la citoyenneté romaine, ce qui permet de mieux comprendre l’idée d’obligations rituelles visant à garantir l’unité politique du peuple romain. Les mises au point érudites ne perdent jamais de vue le conflit des interprétations et son arrière-fond philosophique : la controverse menée aujourd’hui sous la bannière de la « déconstruction » n’innove guère, selon l’auteur, par rapport aux débats du xixe siècle qui, dans la suite de la pensée de Hegel, étaient surdéterminés par la question de l’avènement du christianisme. L’ensemble met en perspective bien des interrogations contemporaines sur le sens du syncrétisme, la séparation du public et du privé ou la place de l’émotion dans l’expression de la foi.

M.-O. P.

Le Seuil, Les livres du nouveau monde, 2013
218 p. 20 €