Le Cercle fermé



Alal El Aswany
L’IMMEUBLE YACOUBIAN
Paris, Actes Sud, 2006, 336 p., 22, 50 euros
Testament à l’anglaise mettait en scène avec force drôlerie les années Thatcher, Bienvenue au club racontait l’histoire d’un groupe de collégiens né durant ces mêmes années, ceux-là mêmes que l’on retrouve à l’âge adulte dans le Cercle fermé. Leur entrée dans le monde adulte, que résume l’auteur à la fin de l’ouvrage, est une manière de raconter les années Blair en continuité avec l’ouverture thatchérienne et avec la consécration de Londres comme « ville globale ». Les destins de ces individus, fort différents, se recoupent ensuite et se renforcent mutuellement comme s’ils étaient victimes les uns des autres. Cinéphile invétéré, auteur d’ouvrages sur James Stewart et Humphrey Bogart, Jonathan Coe, à défaut d’être un écrivain inventif sur le plan du style, se présente comme le metteur en scène implacable d’un cercle humain qui se referme à cause de l’hypocrisie et de la corruption. Comme on a l’impression de suivre une série politique, comme la télévision britannique en a le savoir-faire, la capacité scénaristique de Coe à « mettre en scène » ses personnages est un apport décisif pour saisir l’époque « à l’anglaise ». L’Égyptien Alal El Aswany propose également une galerie de portraits de personnages vivant au Caire. Ce qui permet de voir les intérieurs et les extérieurs de la ville avec beaucoup de lucidité et d’humour. Si Coe n’est pas Joyce, Alal El Aswany n’est pas Naguib Mahfouz, mais cela n’est pas rédhibitoire. En France, où il est de mauvais goût de se plaindre de nos grands écrivains contemporains, académisés ou non, nous n’avons ni Coe, ni Alal El Aswany pour nous parler des années Mitterrand, Jospin ou Chirac… Et pourtant, un journaliste comme Franz-Olivier Giesbert, l’auteur d’un Chirac à succès, a écrit des romans, mais ceux-ci portaient souvent sur sa jeunesse ou sur des affaires très privées.
O. M.

Gallimard, 2006
546 p. 22,50 €