Une marche en liberté

Emigration subsaharienne


Ce texte présente trois facettes. La première est le récit recueilli à Oujda, dans l’est du Maroc, par le père Joseph Lépine, de la « longue marche » d’un Camerounais qui devait, au terme de son périple clandestin, se blesser en tentant de passer la barrière grillagée de l’enclave espagnole de Melilla. Ce parcours (datant du printemps 2005, il précède la crise de l’automne 2005 déclenchée par la mort de quatorze exilés sous les balles de la police marocaine) fait passer par divers lieux, pays et villes – Nigeria, Niger, Agadez, Alrit, Sahara, Algérie du Sud, Tamanrasset, Libye, forêt de Gourougou, etc. – dont le nombre finit pas faire oublier que le clandestin traverse des frontières, et que l’on passe d’un pays à l’autre. La deuxième facette du livre met en avant le durcissement des pays méditerranéens (Maroc, Libye, Algérie) qui cherchent à créer une ceinture de sécurité. « Les difficultés les plus graves de Jean-Paul Dzokou-Newo, écrit le juriste Jérôme Valluy dans sa postface, commencent et se prolongent non pas au Nigeria ou au Niger mais dans les trois pays du Maghreb (Algérie, Maroc, Libye). » La troisième facette concerne l’Union européenne et sa conception régionale de la sécurité. « Si le programme de La Haye parle de “capacité” de gestion migratoire et non pas de camps, on s‘aperçoit que ces capacités répondent à deux fonctions principales : empêcher les exilés d’arriver en Europe et recevoir ceux qui sont renvoyés d’Europe. Le mot capacité n’est pas un simple euphémisme technocratique. D’une certaine manière, l’Union européenne n’impose aux États tiers, dits partenaires, que des “obligations de résultats” dans la lutte antimigratoire quels que soient les moyens et tout en acceptant de financer ceux-ci. » Ce récit raconté par un subsaharien montre crûment que l’Union européenne se protège de l’Afrique subsaharienne en créant un filet de sécurité dans les pays du Maghreb.
O. M.

Maisonneuve et Larose, 2006
124 p. 15 €