Lucien Fèbvre, militant socialiste à Besançon, 1907-1912


L’itinéraire et la nouveauté du grand historien, fondateur avec Marc Bloch de l’« École des Annales », sont connus à travers de nombreux essais et articles biographiques. Mais toutes les facettes de sa vie n’en sont pas éclairées pour autant. J. Pinard, lui-même militant et élu socialiste de Besançon, propose un livre d’histoire locale sans doute un peu brouillon, mais intéressant, sur le séjour de Febvre dans cette ville, où il est nommé professeur d’histoire en 1907 (et où habite son père). Du jeune professeur, exemplaire sinon « parfait » sous tous rapports et couvert de louanges par ses supérieurs et inspecteurs, il n’y a pas grand-chose à dire. Plus intéressant est le militant socialiste – car il se trouve que Febvre milite effectivement et surtout qu’il donne des chroniques anonymes (trente et une en tout) au Socialiste comtois, l’hebdomadaire de la Fédération socialiste du Doubs, de 1906 à 1909. J. Pinard analyse, en y mêlant un amour fervent pour la Franche-Comté, les articles, brillants, de Febvre ainsi que leur contexte conflictuel – politique, social, économique, culturel et religieux. L’histoire locale a une saveur particulière – celle de la vie même, des troquets enfumés et alcoolisés par exemple (589 débits de boisson à Besançon en 1907 !), ou de mondes ruraux qu’on ne retrouve guère dans les histoires nationales. Des figures oubliées sortent de la nuit, pour le meilleur et pour le pire. Vu l’époque, on ne peut s’étonner de la virulence des relations entre les deux France – la laïque et la catholique (belle moisson de noms d’oiseaux, surtout de la Libre Pensée contre les cléricaux : les curés ? des « sacs à charbon ». Les évêques ? des « ratichons violets ». Les pasteurs ? des « reptiles dangereux »… Les catholiques antidreyfusards, qui voient du complot juif partout, ne sont pas en reste). Dans ses contributions au Socialiste comtois, L. Febvre mange peu de ce pain-là. Ses piques les plus vives sont destinées à Clemenceau, qu’il n’aime pas, et au Parti radical au pouvoir, parti de notables qui s’assied sur les réformes sociales. Febvre s’éloignera ensuite du militantisme socialiste, devenu quasiment « gauchiste » dans les années qui suivent. Il faudrait savoir si les idées socialistes auront une influence sur son œuvre à venir.

J.-L. S.

Cêtre, 2011
327 p. 23 €