L’ÉTAT GLOBAL




Qu’est-ce que la rhétorique peut nous apprendre sur le fonctionnement contemporain de l’État ? C’est sur cette question que s’ouvre cet entretien entre deux philosophes nourries de littérature comparée et connues principalement pour leurs contributions aux cultural et aux gender studies. Le dialogue est dominé par un constat : ­l’État-nation, en fixant des règles d’appartenance, produit aussi de la non-appartenance sous les figures bien connues de l’« immigré » ou du « réfugié ». Dans cette perspective, on lira une intéressante critique du thème fort répandu de la « vie nue » : aucune vie n’est exclue radicalement de la politique, puisque ce sont encore des procédures institutionnelles (et langagières) qui disqualifient des expériences vécues. Il n’y a que des vies dépossédées, pas d’existences ramenées à l’état de nature. Il y va ici de tout un langage de l’apatridie qui n’est pas seulement l’absence de tout statut, mais la production performative d’un type d’êtres inscrits dans le non-droit. La référence va à Arendt, celle de l’Impérialisme plus que celle de la Condition de l’homme moderne, qui, la première, a insisté sur les phénomènes de disqualification juridique des apatrides par l’État. Comment, alors, résister aux formes de délégitimation auxquelles sont confrontés les migrants et les réfugiés ? Les auteurs analysent l’exemple, véridique, d’immigrés clandestins qui, aux États-Unis, ont fait valoir leur droit à chanter l’hymne américain en espagnol. Cette tentative de répon­dre à la dépossession par une réappropriation subversive sert de modèle pour penser un « État global » : celui où les droits seraient revendiqués au-delà de la nation, mais aussi hors de toute nature, pour n’exister qu’en tant qu’ils sont déclarés.
M. F.

Payot, 2007
110 p. 12 €