Le Manoir

Trad. de l’allemand par Sylvain Pilhion


Ce récit nous présente la débâcle allemande de 1944, vécue et racontée de l’intérieur, en Allemagne, par une petite fille chassée, avec sa mère et ses sœurs, de leur vaste propriété familiale par l’armée russe. L’expérience de l’histoire signifie ici une dépossession complète : la famille est disloquée, l’univers protecteur des lieux familiers s’efface, les identités sont troublées, un monde ancien disparaît : « Au-delà de toute expression, le monde est sens dessus dessous. » Que reste-t-il à une petite fille dans ce chaos de l’histoire ? Elle préserve, comme un talisman, le goût de la langue, le bonheur d’un mot inconnu ou retrouvé : « Malandrin, matamore, tintinnabuler sont des mots qu’elle aime. Elle les murmure à l’avenant, à la cadence du train en marche, les psalmodie ou les savoure comme des mets exquis. » Abri, demeure, recours : le langage se substitue au monde défaillant, recrée l’univers et met à distance une histoire trop violente pour qu’une enfant puisse souhaiter y entrer.
L. C.

Eidtions du Cerf, 2006
106 p. 12 €