TAXI


Voilà une ville, Le Caire, prise en otage par son imagerie touristique, par sa violence endémique, par la misère, une ville qu’on connaît mal et qui est peut-être irreprésentable voire impensable. Mais c’est oublier la capacité de l’écriture de donner figure à des territoires chaotiques. Si les années qui ont précédé et incarné les années nassériennes rythment les romans de Naguib Mahfouz, Taxi (le premier livre d’un auteur dont le deuxième opus, Safînat Nûh, doit sortir fin 2009) évoque une Égypte urbaine épuisée, celle des années Moubarak qui n’en finissent pas de finir, à travers des saynètes d’une grande force (le plus populaire est souvent le plus subtil) et d’un humour tout cairote. L’auteur nous parle d’un pays où la corruption fait le lit du radicalisme religieux et réciproquement, d’une ville qui tourne en rond à vive allure et à coups de klaxon, toujours au bord de la panne ou de l’explosion. Une fois encore, la littérature vaut toutes les enquêtes et les 58 séquences qui sont autant d’itinéraires et de salutations à des personnages « populaires » qui ne veulent pas se faire avoir en témoignent. Mais peut-il en être autrement quand le mensonge et l’incompétence ont pris le dessus, quand la fuite en avant dans des véhicules qui tremblent de partout et où l’on parle en gesticulant est la seule issue possible ? Les taxis qui font le lien entre les individus et les lieux sont toujours une prodigieuse image de la société. Alors qu’un imam de la mosquée Al Ahzar vient d’affirmer que le port de la burqa n’était en rien une obligation coranique, la séquence fort drôle de cette femme qui se change dans un taxi, au fil de ses destinations et en fonction de ce qu’elle doit porter dans les lieux où elle se rend, n’est pas anodine.

O. M.

Actes Sud, 2009
192 p. 18,80 €