Dénoncer les juifs sous l’Occupation
Paris 1940-1944
Parmi toutes les indignités de la Seconde Guerre mondiale, il y a la délation des juifs sous l’occupation allemande. À partir d’archives multiples, ce livre tristement passionnant en rappelle les lieux, les moments, les institutions qui les reçoivent (et les sollicitent ou les activent), les mécanismes, les moyens pour dénoncer. Les institutions qui recueillent les dénonciations sont avant tout le Commissariat général aux questions juives (Cgqj), l’Institut d’étude des questions juives (Ieqj), la Gestapo, la préfecture de police ; le personnel d’exécution, policier et administratif, du Cgqj et de l’Ieqj est évidemment truffé d’activistes d’extrême droite, d’antisémites motivés donc (à noter cependant que la délation répugnait à Xavier Vallat, premier commissaire du Cgqj en 1941, raison pour laquelle il fut remplacé par Darquier de Pellepoix en 1942). Les délations se font par lettres, souvent anonymes ; elles viennent aussi du voisinage – par antisémitisme, vengeance ou toutes sortes de motifs sordides, dont la cupidité bien sûr – ou de familles : l’auteur décrit longuement le cas d’Annette Zelman, dénoncée par le père antisémite de son fiancé catholique. Celui de nombreuses autres victimes est évoqué plus brièvement. Pour le fonctionnement des institutions qui reçoivent les délations, L. Joly a choisi la préfecture de police, administration traditionnelle de l’État français, où la « brigade Permilleux » est particulièrement zélée et efficace dans la poursuite des dénoncés. Parmi les officines de délation, une place de choix revient à l’hebdomadaire Au pilori, d’une ignominie absolue. L’épilogue fait le bilan de l’épuration, relativement sévère pour les dénonciateurs quand les faits sont avérés – ce qui est loin d’être toujours le cas. Si l’on considère le nombre de victimes qu’ils ont condamnées à mort – plusieurs milliers –, on peut aussi dire que beaucoup de dénonciateurs de juifs s’en sont bien tirés : 225 inculpés, 12 condamnations à mort, dont 3 effectives.
Jean-Louis Schlegel