LE PUZZLE CATALAN. MA NATION FIÉVREUSE
Voilà un livre original qui vaut par sa réflexion politique sur la nation et le nationalisme catalans, mais aussi par ses carnets esthétiques qui mettent en avant des formes, des sensibilités, des manières de peindre, de construire et d’habiter. On est chez Gaudí et Picasso : la Catalogne est un paysage qui rend visible une politique. Ce qui n’est pas sans importance pour une région dont l’image est aujourd’hui associée à la ville de Barcelone dont l’auteur interroge avec réalisme le développement et la fascination qu’elle exerce. Et cela au moment où des architectes comme Jean Nouvel « rentrent dans la ville » au détriment des architectes liés à une école de Barcelone marquée par la figure d’O. Bohigas qui a contribué à réinventer l’espace public. Espace public, c’est justement cette capacité de rassembler qui frappe en Catalogne. En s’attardant sur le symbole de la montagne de Montserrat et de son monastère (la vierge noire de Montserrat est surnommée la Morenata, la Brunette) avec le bénédictin Hilari Raguer, l’auteur éclaire la signification d’un lieu de rassemblement qui personnifie la Catalogne. Rappelant le pôle de résistance au franquisme que fut l’abbaye, sa capacité de rassembler est mise en avant : « Le nationalisme catalan contemporain prend ses racines de deux manières. L’une est le républicanisme fédéraliste de gauche. L’autre lignée, ce sont les carlistes, les traditionalistes. » La capacité de fédérer ces deux traditions qui ont pu s’opposer permet de comprendre à la fois le symbole actif que demeure Montserrat et le ressort « religieux » (au sens de religare, de relier) d’une culture catalane qui ne pratique pas une laïcité de séparation comme c’est le cas de l’autre côté des Pyrénées.
O. M.
O. M.